Nous avons eu l’opportunité de rencontrer Emeric PAGÈS, passionné de digital, qui en a fait une partie de son activité professionnelle. Emeric est coach professionnel, formateur et consultant en intelligence artificielle (IA) et transformation digitale. Nous avons échangé à propos du rôle de l’IA au service de la pensée critique et des défis que cela peut engendrer.
Comment l'IA peut-elle être utilisée pour augmenter l'engagement des apprenants dans des contextes éducatifs ou professionnels ? Est-ce que vous avez des exemples de tâches ou de scénarios pour inciter les utilisateurs à interagir de manière plus approfondie avec le contenu ?
L’intelligence artificielle générative (IAG) enrichit les parcours d'apprentissage existants en automatisant des tâches à faible valeur ajoutée et en aidant à la création de contenus interactifs. En intégrant l'IA comme un assistant pour les pédagogues, elle permet aux formateurs de gagner du temps et de se concentrer sur des activités plus créatives et engageantes. Par exemple, l'IA peut être utilisée pour concevoir des mises en pratique, des quiz interactifs ou encore des jeux de rôle. Ce sont des éléments essentiels pour maintenir l'attention et favoriser la participation active, notamment dans des environnements d'apprentissage à distance.
L’IA, dans le contexte de la pédagogie, vient enrichir quelque chose qui existe déjà. Elle va remplacer des tâches à faible valeur ajoutée que l’on n'a pas forcément d’intérêt à traiter en tant qu’être humain. Elle nous permet ainsi de libérer de la bande passante et de l’énergie pour traiter des tâches plus créatives, avec de la pensée critique.
En proposant des scénarios interactifs, l'IA permet de simuler des situations concrètes, telles que la gestion de conflits, en configurant des chatbots qui représentent différents comportements, comme celui d'un utilisateur arrogant par exemple. Les apprenants interagissent ainsi avec ces personnages dans des scénarios proches de la réalité, ce qui les oblige à appliquer les théories apprises et à affiner leurs compétences en situation réelle.
Est-ce que l’IAG va tuer la pensée critique ? Au contraire, elle va aider à la développer. L’important, c'est de lui mettre un cadre. L’outil nous permet de gagner du temps et de générer de la créativité, mais à l’aide d’un prompt que l’on va lui fournir. C’est donc bien nous, utilisateurs, qui gardons la pensée critique. Il est d’autant plus important de se former et de développer des soft skills dont la pensée critique fait d’ailleurs partie.
Comment l’intelligence artificielle générative joue-t-elle un rôle dans l'amélioration de la pensée critique des utilisateurs ? Comment faut-il la programmer pour qu’elle fasse appel à notre analyse et qu’elle puisse nous pousser à évaluer les informations collectées, de manière critique ?
L’intelligence artificielle joue un rôle essentiel dans l’amélioration de la pensée critique des utilisateurs en facilitant des processus de questionnement qui incitent à la réflexion. En tant qu'outil interactif, elle a la capacité de poser des questions, générer des contre-arguments, et présenter différentes perspectives, ce qui pousse l’utilisateur à revisiter ses hypothèses et ses croyances. En s’appuyant sur des prompts bien construits, l’IAG peut encourager à évaluer de manière critique les informations reçues. Cela aide à stimuler la réflexion et la disposition à considérer plusieurs points de vue.
La qualité de ce que fournit l’intelligence artificielle générative dépend entièrement de ce qu’on lui demande. Il faut donc être capable — ou se former — à générer des prompts qui vont permettre à l’outil de nous aider dans l’amélioration de la pensée critique. On peut ainsi programmer l’IA pour qu’elle nous pose des questions dans ce but.
L’IA peut nous aider à créer un espace de questionnement qui va au-delà de la simple validation des croyances ou des faits. Elle amène les utilisateurs à repenser leurs hypothèses et à s'interroger sur des idées qui leur semblaient acquises. Elle peut s’appuyer sur le questionnement en profondeur qu’on utilise par exemple en coaching professionnel en posant des questions qui peuvent à première vue paraître comme "bêtes" ou "évidentes", mais qui sont essentielles pour provoquer une réflexion critique. En formulant ces questions, l’intelligence artificielle encourage à remettre en cause des certitudes et à explorer de nouvelles pistes de réflexion.
L’IA va permettre, dans une approche semblable à celle du coach, de questionner. Poser des questions, tout le monde sait le faire. Mais développer un questionnaire qui soit efficace et précis et qui amène à poser LA question qui va permettre à la personne de générer une prise de conscience bien précise, ce n’est pas si facile. Cela demande de l’entraînement. Et l’IA peut nous aider à cela. En plus, avec cet outil, les possibilités sont infinies…
Pour que l’intelligence artificielle puisse nous aider à développer notre pensée critique, il faut une programmation bien précise, par exemple :
- Utiliser des prompts ouverts : demander à l’IA de poser des questions ouvertes qui explorent différentes dimensions d’une problématique. Par exemple, "quels sont les arguments du camp opposé sur cette question ?", ou "quelles sont les questions que j’ai omises de poser sur ce sujet ?".
- Encourager le dialogue : l’IA peut être programmée pour créer un dialogue en confrontant l'utilisateur à des perspectives opposées ou nouvelles. En simulant une discussion avec un interlocuteur neutre, elle oblige l'utilisateur à défendre ses idées, à les analyser en profondeur et à envisager d’autres points de vue.
- Créer des scénarios réalistes : l’IA peut proposer des situations concrètes, comme des jeux de rôle ou des exercices pratiques, dans lesquelles l'utilisateur est forcé d’appliquer sa pensée critique pour résoudre des problèmes.
- Jouer les répétitions pour ajuster ses décisions : l’IA peut générer des séries de questions ou d’exercices répétitifs qui poussent l’utilisateur à affiner ses réponses et à améliorer ses capacités d’analyse au fil du temps. En ajustant continuellement ses propositions en fonction des réponses fournies, l’IAG crée un environnement d’apprentissage adaptatif et évolutif.
Bien que l'IAG soit capable de générer des informations, c'est l'utilisateur qui, par son interaction avec elle, développe sa propre capacité à penser de manière critique.
Comment l’intelligence artificielle peut-elle aider à améliorer la productivité ? Quels sont les outils ou méthodologies recommandés pour développer la pensée critique ? Et comment peut-on apprendre à les utiliser ?
L’intelligence artificielle améliore la productivité au quotidien en automatisant de nombreuses tâches répétitives, en simplifiant des processus complexes et en fournissant une aide en temps réel. Ainsi, l’utilisateur va pouvoir se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
L’IA peut également servir comme support à l’apprentissage continu. Avec des outils comme les simulateurs de discussions ou d'entretiens, les utilisateurs peuvent s'entraîner et s'améliorer dans des domaines spécifiques (comme les langues ou les entretiens d’embauche). Des outils comme Character AI, qui créent des avatars avec des rôles précis (par exemple un avatar qui joue le rôle d'un recruteur ou d’un critique constant), permettent de s’exercer dans des scénarios réalistes.
Le conseil, basique certes, mais très important, c’est de se former. Quelle que soit la façon, afin de comprendre les bases de l’IA et son fonctionnement pour faciliter une prise en main efficace des outils, en connaissant ses limites. Ensuite, la clé, c'est de pratiquer en expérimentant, expérimentant, expérimentant. La force de l’intelligence artificielle, c'est que c’est infini et qu’on ne peut pas vraiment faire de bêtises en l’utilisant, au pire, on obtient une mauvaise réponse et on recommence, on ne fait pas tomber un site Internet par exemple.
Le développement de la pensée critique à l’aide de l’IA repose sur l’utilisation d’outils interactifs et de méthodologies permettant d’interroger, d’analyser et de remettre en question les informations présentées.
Le prompt engineering permet de bien la cadrer et la configurer pour obtenir des réponses utiles et pertinentes. La création de prompts ouverts et nuancés encourage l’IA à explorer des perspectives variées et à poser des questions qui amènent l’utilisateur à examiner ses idées sous un angle critique. Des plateformes, comme ChatGPT ou Character AI, permettent de créer des dialogues immersifs avec des avatars ou des agents virtuels programmés pour remettre en question les affirmations de l’utilisateur. Cela permet aux professionnels de simuler des discussions critiques et de renforcer leur capacité à défendre leurs points de vue tout en considérant ceux des autres (assertivité).
Montrer comment l'IA peut se tromper, parfois de manière convaincante, est un exercice essentiel pour enseigner l'importance de la vérification et de la réflexion critique.
Il est très important de se former et de pratiquer régulièrement. Il est primordial de comprendre les fondements de l’IA — les concepts de machine learning, d’entraînement sur des data sets, le fonctionnement des algorithmes probabilistes, etc — pour mieux anticiper ses réponses et apprendre à formuler des prompts efficaces.
Plus vous pratiquez, plus vous maîtriserez l’art de poser les bonnes questions pour stimuler la pensée critique.
L’utilisateur peut commencer à identifier des tâches spécifiques à son quotidien et demander à l’IA de les automatiser. En partant de cas pratiques connus, il sera plus facile de comprendre comment l’outil résout des problèmes réels et permettra d’affiner ses compétences en prompt engineering. S'entourer d’un formateur ou d’un expert en IA aide à accélérer cet apprentissage. Notamment au sein des entreprises avec des attentes spécifiques.
Le formateur a un rôle très important et en premier lieu celui de montrer que l’intelligence artificielle peut faire des erreurs. Au travers d’exemples, il va prouver que l’utilisateur doit conserver un œil critique sur toutes les réponses fournies par l’outil.
Mais attention ! Il faut bien apprendre à reconnaître les biais que l’IA peut reproduire. Ces biais sont présents dans les données sur lesquelles elle est entraînée. Apprendre à les identifier permet de formuler des prompts qui vont les réduire et donc permettre de garder un regard critique sur ses réponses.
L’intelligence artificielle est un outil technologique qui est neutre. C’est l’utilisation que l’on en fait qui sera bonne ou mauvaise. Il ne faut en conséquence pas tenir pour acquis ce qui est généré, mais comme une première ébauche qui nous fera gagner du temps et que l’on va ensuite retravailler. Il faut cadrer cette utilisation. Pas trop, pour ne pas tuer l’innovation. Assez pour comprendre comment se libérer du temps de cerveau pour être créatif et développer sa pensée critique. À ce moment-là, l’IA devient un outil presque magique !
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